« La clinique, c’est l’espace de vérité », déclare Pre laila Cherqaoui _Un appel à côtoyer les services psychiatrieques et psychologiques pour bâtir une psychologie clinique marocaine

Journal info - Rachid Bouabidi

La Faculté des Lettres et des Sciences Humaines Aïn Chock a abrité aujourd’hui un colloque scientifique réunissant spécialistes en sciences humaines et cliniciens autour d’une question brûlante : quelle identité pour la psychologie clinique marocaine?

 

*Légende : La Pr Cherqaoui laila, docteur clinicien et psychopathologue de renom, lors de son intervention à la FLSH Aïn Chock, ce vendredi 17 avril 2026. « La clinique doit rester l’espace de vérité du patient », a-t-il insisté.

 

*« Il faut côtoyer les services psychiatriques et psychologiques*
Le *Professeur laila Cherqaoui,docteur clinicien et psychopathologue de renom*, a donné le ton : « Il faut côtoyer les services psychiatrique et la psychologique On ne peut pas soigner en tournant le dos à l’un ou à l’autre. La clinique, c’est l’espace de vérité : celle du patient, avec tous ses mondes. »

 

Pour la Pre laila Cherqaoui, la clinique marocaine ne peut être une « application dégradée de grilles importées ». Elle est ancrée dans une histoire complexe – médecine traditionnelle, référentiel religieux, rites de guérison – et devient, avec ses contraintes, « un véritable laboratoire d’innovation thérapeutique ».

 

 

*Santé mentale : entre croyances culturelles et rationalité psychique*

Dr Attouche Nadia, professeure agrégée au centre psychiatrique universitaire de Casablanca, a posé l’enjeu d’un modèle clinique adapté au Maroc, capable d’articuler rationalité psychiatrique et référentiels culturels.

 

Pour Dr Attouche, « la psychopathologie est façonnée par le contexte socioculturel ». Elle s’appuie sur les _sickness narratives_ de Kleinman : les récits de maladie sont structurés par des normes sociales et familiales. Or le Maroc vit un paradoxe : modernisation des soins psychiatriques d’un côté, persistance des recours traditionnels de l’autre. Le patient circule entre plusieurs systèmes.

 

Fqih, roqya, divination ne sont pas « irrationnels », mais des dispositifs symboliques qui externalisent le mal, réduisent l’incertitude et restaurent du sens. Mal encadrés, ils retardent pourtant l’accès aux soins.

 

« Le patient n’est jamais une page blanche », insiste-t-elle. Possession ou mauvais œil symbolisent des conflits psychiques. Le clinicien doit décoder ces expressions sans disqualifier les systèmes de sens du patient.

 

Elle propose un entretien en trois temps : explorer les représentations, analyser le réseau de recours, bâtir une alliance intégrant la culture. Objectif : un « modèle clinique endogène » alliant science et réalités culturelle

 

*Posture clinique : neutralité, engagement et éthique*

Pre Ouchelh Maria, professeure chercheure, cheffe du département de psychologie et responsable du doctorat à la FLSH – Université Mohammed V rabat a interrogé la posture du clinicien en contexte socioculturel complexe.

 

La *neutralité* absolue est « illusoire » : « Le clinicien est impliqué par ses propres références culturelles ». Elle devient « une posture réflexive », une conscience critique de ses déterminants subjectifs.

 

*L’engagement* est « une nécessité » face aux attentes multiples du patient, de la famille et de la société. L’enjeu : un « juste engagement », qui réponde aux besoins sans sortir du cadre.

 

*L’éthique* est « une pratique dynamique, fondée sur un doute éclairé ». Le clinicien assume ses choix tout en acceptant l’incertitude. Pour Pre Ouchelh, la posture clinique « ne peut être universelle » : elle se construit selon les réalités du terrain.

 

*Articuler les systèmes de sens, ne pas les opposer*

Pr saad Belgnaoui a centré son intervention sur la pluralité des registres thérapeutiques au Maroc. « Le patient ne compartimente pas », rappelle-t-il. « Il va chez le fqih et chez moi. À nous d’articuler ces savoirs, pas de les opposer. »

 

Pour le pr saad Belgnaoui, le clinicien doit accepter d’être un maillon dans une chaîne de soins plus large. Le rejet frontal des interprétations culturelles produit de la rupture et de la méfiance. À l’inverse, leur prise en compte ouvre l’accès au travail psychique. Sans renier leur éthique et leur identité professionnelle.

 

« La psychopathologie marocaine doit penser le surnaturel sans y adhérer ni le nier », insiste-t-il. Rites de guérison, djinn, mauvais œil sont des langages de la souffrance. Les disqualifier, c’est disqualifier le patient. Les interpréter avec lui, c’est créer une alliance.

 

Il plaide pour une formation qui initie les futurs cliniciens aux anthropologies de la maladie. « Comprendre le fqih, ce n’est pas devenir fqih. C’est comprendre ce que le patient vient chercher chez lui : un sens, une protection, une communauté. Si on rate ça, on rate la rencontre. »

 

Son mot d’ordre : « Passer de la concurrence des systèmes à leur articulation. » Le clinicien devient alors un traducteur, capable de circuler entre les mondes du patient sans s’y perdre.

 

*Les trois chantiers urgents*

1. *Entendre le corps et la famille*
Pour le *Pre laila Cherqaoui*: « Hchouma, plaintes somatiques, loyautés familiales… La souffrance ne se dit pas en “je” mais en “nous”. La psychothérapie individuelle à l’occidentale échoue si elle ignore ça. Il faut inventer des dispositifs alternatifs qui intègrent le groupe. »

2. *Valoriser nos ressources*
Pre laila cherqaoui insiste : « Solidarité familiale, résilience communautaire, jeunes cliniciens formés ici et ailleurs : voilà notre richesse. La clinique marocaine sera métisse ou ne sera pas. Nos étudiants doivent côtoyer les services de psychiatrie et psychologie_et_ comprendre les traditions. »

3. *Former à l’entre-deux*
Synthèse du colloque : créer des modules communs entre facultés de psychologie, services de psychiatrie et sciences sociales. Objectif : des cliniciens capables de naviguer entre DSM, rites et réalités familiales sans renier leur éthique.

 

 

Pre leila cherqaoui :professeure de l’enseignement supérieur psychologie clinique et psychopathologuie,coordinatrice de Master clinique et psychopathologuie FLSH Aïn Chock, UH2C

Pre Ouchelh Maria :professeure chercheure et chef de département de psychologie FLSH- université mouhammed ٧ rabat

Pr saad Belgnaoui :psychanalyste, professeure PES psychologie clinique chef de département

Pre : nadia Attouche, professeure agrégée au centre psychiatrique universitaire de Casablanca

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